Portrait de Marie Par Marie
Publié le 26 août 2026
5 minutes

Amplificateur opérationnel : définition et montages essentiels

Amplificateur opérationnel : définition et montages essentiels
Tech

Qu'est-ce qu'un amplificateur opérationnel ?

L'amplificateur opérationnel, communément appelé ampli-op, AO, AOP ou encore op-amp, est un composant électronique essentiel en électronique analogique. Il s'agit d'un amplificateur différentiel conçu pour amplifier la différence de potentiel électrique présente entre ses deux entrées.

Initialement développé pour les calculateurs analogiques, l'amplificateur opérationnel permettait d'effectuer des opérations mathématiques de base telles que l'addition, la soustraction, l'intégration et la dérivation. Aujourd'hui, son champ d'application s'est considérablement élargi pour inclure la commande de moteurs, la régulation de tension, les sources de courant et les oscillateurs.

Physiquement, un amplificateur opérationnel se présente généralement sous la forme d'un circuit intégré composé de transistors et d'autres composants amplificateurs. Le modèle le plus emblématique reste le LM741, un circuit intégré de 8 broches devenu une référence dans le domaine.

Composition et brochage d'un amplificateur opérationnel

Un amplificateur opérationnel typique possède une configuration standard comprenant :

  • Deux entrées différentielles : une entrée non-inverseuse (notée e+ ou V+) et une entrée inverseuse (notée e- ou V-)
  • Deux broches d'alimentation : une alimentation positive (VCC+ ou VDD) et une alimentation négative (VCC- ou VEE)
  • Une sortie : qui délivre le signal amplifié

La différence de potentiel entre les deux entrées est appelée tension différentielle d'entrée. C'est cette différence qui sera amplifiée par l'amplificateur opérationnel pour produire le signal de sortie.

Fonctionnement théorique : l'amplificateur opérationnel idéal

Pour comprendre le fonctionnement des amplificateurs opérationnels, on utilise souvent le concept d'amplificateur opérationnel idéal. Ce modèle théorique permet de simplifier les calculs en s'affranchissant des limitations physiques des composants réels.

Caractéristiques de l'amplificateur opérationnel idéal

Un amplificateur opérationnel parfait présente les caractéristiques suivantes :

Caractéristique Valeur idéale Signification pratique
Gain en boucle ouverte Infini Amplifie de manière maximale la différence d'entrée
Impédance d'entrée Infinie Aucun courant ne circule dans les entrées
Impédance de sortie Nulle Délivre totalement le signal amplifié sans perte
Bande passante Infinie Amplifie toutes les fréquences sans limitation
Tension d'offset Nulle Aucun décalage parasite en sortie

Dans la pratique, ces caractéristiques ne sont jamais parfaitement atteintes, mais les amplificateurs opérationnels modernes s'en approchent suffisamment pour permettre des applications précises.

Modes de fonctionnement

L'amplificateur opérationnel peut fonctionner selon deux modes principaux :

  • Mode linéaire : obtenu grâce à une contre-réaction négative sur l'entrée inverseuse, ce mode permet de faire varier la tension de sortie de manière contrôlée entre les tensions d'alimentation
  • Mode comparateur (ou saturé) : sans contre-réaction ou avec une réaction positive, l'amplificateur sature en tension positive ou négative selon le signal d'entrée

Les montages fondamentaux avec amplificateurs opérationnels

Les amplificateurs opérationnels sont utilisés dans diverses configurations de circuits, chacune offrant des propriétés spécifiques. Voici les montages les plus courants :

Montage amplificateur inverseur

Dans cette configuration, le signal d'entrée est appliqué sur l'entrée inverseuse via une résistance d'entrée (R1), tandis qu'une résistance de contre-réaction (R2) relie la sortie à l'entrée inverseuse. L'entrée non-inverseuse est connectée à la masse.

Le gain en tension de ce montage est donné par la formule :

Gain = -R2/R1

Le signe négatif indique que le signal de sortie est inversé en phase par rapport au signal d'entrée. Par exemple, avec R1 = 1 kΩ et R2 = 10 kΩ, le gain sera de -10, ce qui signifie que la sortie sera dix fois plus grande que l'entrée, mais de signe opposé.

Montage amplificateur non-inverseur

Dans ce montage, le signal d'entrée est appliqué directement sur l'entrée non-inverseuse, tandis que l'entrée inverseuse reçoit une partie du signal de sortie via un diviseur de tension composé de deux résistances (R1 et R2).

Le gain en tension de l'amplificateur non-inverseur est :

Gain = 1 + (R2/R1)

Dans cette configuration, le signal de sortie est en phase avec le signal d'entrée, et le gain est toujours supérieur ou égal à 1. Par exemple, avec R1 = 2 kΩ et R2 = 8 kΩ, le gain sera de 5, produisant une sortie cinq fois plus grande que l'entrée tout en conservant la même phase.

Montage suiveur de tension

Le montage suiveur (ou buffer) est un cas particulier de l'amplificateur non-inverseur où la sortie est directement reliée à l'entrée inverseuse, sans résistances. Le gain en tension est égal à 1, mais ce montage offre une impédance d'entrée très élevée et une impédance de sortie très faible, ce qui le rend idéal pour isoler des étages de circuits sans perturber le signal.

Comparateur à hystérésis (trigger de Schmitt)

Ce montage utilise une contre-réaction positive pour créer deux seuils de basculement distincts. Il permet de transformer un signal analogique en signal numérique tout en éliminant les oscillations parasites dues au bruit. La sortie bascule entre deux états (haut et bas) selon que l'entrée dépasse ou descend en dessous de seuils prédéfinis.

Caractéristiques réelles des amplificateurs opérationnels

Les amplificateurs opérationnels réels présentent certaines limitations par rapport au modèle idéal :

Gain différentiel et fréquence

Le gain en boucle ouverte d'un amplificateur opérationnel réel n'est pas infini et varie en fonction de la fréquence du signal. La plupart des amplificateurs opérationnels sont caractérisés par un produit gain-bande constant : à mesure que la fréquence augmente, le gain diminue proportionnellement.

Pour un amplificateur opérationnel de précision, le gain en continu (G0) se situe généralement entre 100 et 130 dB, tandis que pour un amplificateur opérationnel rapide, il est plutôt compris entre 60 et 70 dB.

Impédances d'entrée et de sortie

L'impédance d'entrée d'un amplificateur opérationnel réel, bien que très élevée, n'est pas infinie. Elle varie typiquement entre 10⁶ et 10¹² Ω selon la technologie utilisée (transistors bipolaires, JFET, MOSFET).

L'impédance de sortie, quant à elle, se situe généralement entre 50 Ω et 200 Ω. Heureusement, l'utilisation d'une contre-réaction permet de diviser cette impédance par le gain de la boucle, la ramenant ainsi à une valeur proche de zéro.

Tension d'offset et courants de polarisation

Même lorsqu'aucun signal n'est appliqué aux entrées, un amplificateur opérationnel réel présente souvent une tension de décalage (offset) en sortie. Cette tension d'offset provient des imperfections de fabrication et des dissymétries internes des transistors.

Pour les amplificateurs opérationnels standard, la tension d'offset se situe entre 50 et 500 µV, mais elle peut descendre à 1 µV pour les amplificateurs de type "chopper" de haute précision. Cette tension varie également avec la température, ce qui constitue un paramètre critique dans les applications de mesure.

Les courants de polarisation traversant les entrées de l'amplificateur opérationnel créent également des tensions parasites aux bornes des résistances du circuit. Il est possible de compenser partiellement ces effets en ajoutant une résistance d'équilibrage entre l'entrée non-inverseuse et la masse.

Vitesse de balayage (slew rate)

La vitesse de balayage représente la vitesse maximale à laquelle la tension de sortie peut varier. Elle s'exprime en V/µs. Lorsque le signal d'entrée varie trop rapidement, la sortie ne peut pas suivre instantanément, créant ainsi une distorsion du signal.

Pour le µA741, la vitesse de balayage est d'environ 0,67 V/µs, ce qui limite son utilisation aux applications à fréquences moyennes. Les amplificateurs opérationnels rapides modernes, comme les séries TL071 et TL081, offrent des vitesses de balayage de 10 à 20 V/µs.

Applications pratiques des amplificateurs opérationnels

Les amplificateurs opérationnels sont présents dans une multitude d'applications électroniques :

Filtres actifs

Les filtres à base d'amplificateurs opérationnels permettent d'atteindre des précisions supérieures aux filtres passifs. On peut concevoir des filtres passe-bas, passe-haut, passe-bande ou coupe-bande avec des réponses en fréquence très précises en combinant des amplificateurs opérationnels avec des condensateurs et des résistances.

Amplification de signaux de capteurs

L'amplificateur opérationnel est largement utilisé pour le conditionnement des signaux provenant de capteurs. Grâce à sa haute impédance d'entrée et son gain réglable, il permet d'amplifier des signaux faibles issus de thermocouples, de jauges de contrainte, de capteurs de pression ou de tout autre dispositif de mesure.

Calculs analogiques

Malgré la prédominance du traitement numérique, les amplificateurs opérationnels restent utilisés pour réaliser des opérations mathématiques analogiques en temps réel : addition, soustraction, intégration, dérivation. Ces fonctions trouvent notamment des applications dans les asservissements et les régulateurs PID utilisés en automatique industrielle.

Convertisseurs et générateurs de signaux

Les amplificateurs opérationnels entrent dans la composition de nombreux circuits de conversion : convertisseurs tension-courant, convertisseurs courant-tension, générateurs de formes d'onde (sinusoïdales, triangulaires, carrées), oscillateurs et multivibrateurs.

Évolution historique et technologies modernes

Le terme "amplificateur opérationnel" (Operational Amplifier en anglais) a été introduit par John R. Ragazzini en 1947. Les premiers amplificateurs opérationnels utilisaient des tubes électroniques et étaient destinés aux calculateurs analogiques.

Le premier amplificateur opérationnel disponible en grande série fut le K2-W de la société GAP/R en janvier 1953, vendu environ 20 dollars. Avec l'avènement des circuits intégrés, le µA709 de Fairchild, créé par Bob Widlar en 1965, devint le premier amplificateur opérationnel intégré largement disponible. Il fut rapidement remplacé en 1968 par le µA741, qui offrait de meilleures performances et une plus grande stabilité.

Le µA741 est devenu un standard de l'industrie et reste fabriqué aujourd'hui, même si de nombreux modèles plus performants ont été développés depuis. Les technologies modernes utilisent des transistors JFET (fin des années 1970) ou MOSFET (début des années 1980) pour améliorer les performances, notamment en termes de vitesse, de précision et de consommation énergétique.

Les principaux fabricants actuels d'amplificateurs opérationnels incluent Analog Devices, Linear Technology, Maxim, National Semiconductor, STMicroelectronics et Texas Instruments.

Compensation et optimisation des performances

Compensation de l'offset

Pour réduire les effets de la tension d'offset et des courants de polarisation, plusieurs techniques peuvent être employées :

  • Ajout d'une résistance d'équilibrage entre l'entrée non-inverseuse et la masse pour compenser les chutes de tension créées par les courants de polarisation
  • Utilisation des broches de réglage d'offset présentes sur certains modèles, permettant d'ajuster manuellement la tension de sortie à zéro
  • Mise en œuvre de circuits externes de compensation pour les amplificateurs opérationnels ne disposant pas de broches dédiées

Compensation fréquentielle

Les amplificateurs opérationnels sont généralement composés de plusieurs étages d'amplification, chacun se comportant comme un filtre passe-bas. Pour assurer la stabilité du système en boucle fermée, la plupart des amplificateurs opérationnels intègrent une compensation fréquentielle interne sous forme d'un condensateur.

Cette compensation garantit une marge de phase suffisante même en configuration suiveur (gain unitaire), rendant l'amplificateur opérationnel inconditionnellement stable. Pour les applications nécessitant des performances supérieures, il existe des amplificateurs opérationnels non compensés ou sous-compensés qui offrent un produit gain-bande plus élevé, mais nécessitent une compensation externe adaptée à l'application.

Tableaux comparatifs des principales technologies

Technologie Avantages Inconvénients Applications typiques
Bipolaire (ex: LM741) Faible offset, faible coût Vitesse modérée, courants de polarisation élevés Applications générales, audio
BiFET (ex: TL081) Haute impédance d'entrée, vitesse élevée Offset plus élevé Amplificateurs de mesure, filtres actifs
CMOS Très faible consommation, rail-to-rail Bruit plus élevé Systèmes portables, basse consommation
Chopper Offset ultra-faible, dérive thermique minimale Bruit de commutation Instrumentation de précision, acquisition de données

Conseils pratiques pour la conception de circuits

Lors de la conception de circuits intégrant des amplificateurs opérationnels, il est recommandé de :

  1. Choisir l'amplificateur opérationnel en fonction de l'application : privilégier la précision pour les mesures, la vitesse pour les signaux rapides, ou la faible consommation pour les systèmes portables
  2. Prévoir un découplage des alimentations avec des condensateurs au plus près du circuit intégré pour éviter les oscillations parasites
  3. Limiter la longueur des pistes de circuit imprimé reliant les entrées de l'amplificateur opérationnel pour minimiser les captations de bruit
  4. Utiliser une contre-réaction adaptée pour garantir la stabilité du montage
  5. Tenir compte des limitations réelles (vitesse de balayage, produit gain-bande) lors du dimensionnement du circuit
  6. Protéger les entrées contre les surtensions et les décharges électrostatiques
Portrait de Marie

À propos de l'auteure

Marie

Rédactrice en chef

Marie a suivi pendant dix ans l'actualité des cabinets d'expertise comptable en tant que journaliste économique. Elle interviewe régulièrement des professionnels du chiffre pour décrypter les évolutions réglementaires et technologiques du secteur.

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